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Historique de l'Ommegang

 

L'épopée des colonnes de l'Ommegang commandées par

le Colonel BEM Frédéric Vandewalle (1912 - 1994)

 

Après quatre années d'indépendance, caractérisées par une situation politique tourmentée, la République Démocratique du Congo ( RDC ) est troublée par une insurrection née au Kwilu et qui se propage ensuite au Kivu. La jacquerie s'étend et très rapidement les rebelles, qui se qualifient de "Simba", occupent la moitié du territoire national. Début août 1964, ils font de Stanleyville la capitale d'une République Populaire.

Face à cette situation anarchique, Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, en accord avec les autorités congolaises, décide de renforcer l'assistance technique militaire déjà sur place en mettant des équipages de la Force aérienne belge à la disposition de l’aviation congolaise et puis en envoyant des équipes dites "logistiques" pour soutenir les Forces armées gouvernementales. Le ministre Paul-Henri Spaak désigne également le colonel BEM Fréderic VandewalleColonel BEM Frédéric VANDEWALLE, Comd des Colonnes de l'Ommegang. auprès du Premier ministre congolais Moïse Tshombe. Ce dernier charge le colonel Vandewalle de constituer une Brigade qui aura pour mission de reconquérir le territoire tombé aux mains des rebelles.

Dans l'immense zone en insurrection et suite à la riposte improvisée par les autorités de Léopoldville, qui en plus de ses équipages réguliers utilise aussi des mercenaires pour piloter ses avions, des milliers d'étrangers occidentaux et asiatiques deviennent des otages virtuels. Les élites congolaises sont victimes de massacres aussi systématiques qu'horribles.

La 5me Brigade Mécanisée se forme à Kamina, l'ancienne base métropolitaine belge, au prix des plus grandes difficultés et est prête au mouvement le 1er novembre 1964. Organisée en colonnes très mobiles, elle comprend soixante-six officiers et sous-officiers recrutés au sein de la Force terrestre belge, trois cent cinquante mercenaires, des unités en majorité katangaises rentrées d'Angola et de Rhodésie ainsi que des unités de l'Armée Nationale Congolaise. Elle pourra compter sur un appui aérien direct de quelques chasseurs bombardiers et hélicoptères.

Elle est équipée d'un armement, d'un charroi et d'équipements des plus disparates, ce qui fait dire au colonel Vandewalle : « Ici, j'ai l'impression de commander l'Ommegang » ( allusion au cortège folklorique bruxellois ). Cette appellation fut de suite adoptée et c'est ainsi qu'on parlera désormais des colonnes de l'Ommegang.

La colonne principale gagne par rail, par air ou par route le centre de Kongolo, point de départ de l'offensive vers Stanleyville distante de 850 Km. Le 1er novembre 1964, la première partie de la 5me Brigade, commandée par le LtCol Albert LIEGEOIS, Comd de LIMA ONE.LtCol Liégeois et baptisée "Lima 1", entame sa progression vers Kindu. De suite, il faut se rendre à l’évidence : les rebelles massacrent les colons ainsi que de nombreux Congolais avec une sauvagerie innommable. Aussi le commandant de "Lima 1" impose à sa colonne un rythme soutenu, progressant même de nuit. Ce faisant il bouscule plusieurs embuscades, empêchant les rebelles de se rétablir sur d’autres positions. La colonne atteint Kindu le 5 novembre. De Kongolo à Kindu, "Lima 1" aura sauvé plus de trois cents otages.

 

 

Durant deux semaines un pont aérien, assuré par les équipages belges de la FATAC et des Américains de l’USAF, amène à Kindu des renforts de troupes, de véhicules et de munitions. "Lima 1" se voit ainsi renforcée par "Lima 2", commandée par le LtCol Lamouline.LtCol Robert LAMOULINE, Comd de LIMA TWO.

Le 19 novembre, l'Ommegang au complet s'ébranle vers Stanleyville. Après plusieurs combats avec les rebelles, divers franchissements et pas mal de péripéties, ces éléments atteignent Lubutu le 22 novembre à quelque deux cents kilomètres de Stanleyville.Franchissement de la Lowa par des mercenaires du 5 Commando.

Au même moment d'autres colonnes reprennent également de nouvelles régions sous contrôle des rebelles. La colonne dite du "Nord", partie de Gemena, atteint Lisala à la fin de septembre. Elle occupe Bumba le 16 octobre et arrivera à Paulis le 9 décembre en ayant assuré l'évacuation d'un millier d'étrangers.

La colonne "Tshuapa" reprend Boende le 24 octobre puis Ikela le 6 novembre, tandis que celle dénommée "opération Kivu" progresse de Bukavu vers le nord. Elle atteindra Bunia en décembre.

 

 

Halte d'une Colonne de l'Ommegang en route pour Stanleyville.Ces différentes colonnes passent aux ordres de la 5me Brigade mécanisée le 9 novembre 1964. Il faut donc entendre par Ommegang l'ensemble des colonnes qui ont opéré sur le territoire de la RDC entre le 1 juin 1964 et le 1 juin 1965. La 5me Brigade mécanisée, qui comptera jusqu'à dix mille hommes, représente fin 1964 la force la plus importante du Congo.

Début novembre, le gouvernement de la République Populaire sent l'étau se resserrer. Aux abois, il donne ordre d'arrêter tous les Belges et tous les Américains. Cette situation amène, le 9 novembre, les gouvernements belge et américain à envisager, avec l'accord du gouvernement de Léopoldville, une opération aéroportée sur Stanleyville. La décision d’exécution sera finalement prise le 14 novembre.

A la 5me Brigade, les ordres relatifs à la reconquête de Stanleyville sont donnés à Lubutu le 23 novembre. Le plan est simple :

  1. "Lima 1" doit gagner le centre ville et rejoindre l'aéroport. Il doit détacher son peloton blindé pour s'emparer au plus vite du pont sur la rivière Tshopo en vue de bloquer la ville vers le nord. Le 5 Commando doit s'emparer des installations portuaires et rechercher des moyens de franchissement.

  2. "Lima 2" a pour mission de s'emparer du camp Ketele, du camp de police et du camp Léopold de manière à bloquer les accès menant vers la ville européenne à partir de l'est.

  3. La compagnie de Police Militaire doit assurer la garde des banques.

  4. Une fois la jonction avec les parachutistes réalisée, le commandement de la 5me Brigade rejoindra l'aérodrome pour assurer la coordination avec le commandement de l'opération aéroportée.

Afin de profiter d'un effet de surprise et d'éviter que les Simba ne se vengent sur les otages, la décision est prise de progresser sans effectuer de reconnaissances aériennes armées sur les probables positions de résistance des rebelles.

Le 23 novembre à 1730 Hr, l'imposant cortège de l'Ommegang quitte Lubutu. La progression a lieu de nuit et plusieurs accrochages avec les rebelles provoquent des morts et des blessés dans les rangs de l'Ommegang.

 

Colonel Laurent, Comd des opérations

Le 24 novembre à 0600 Hr les Paras-commandos belges de l'opération "Dragon Rouge", transportés par C-130 américains, sautent sur Stanleyville. La jonction entre l'Ommegang et l'opération aéroportée se fait à hauteur du camp Ketele à 1000 Hr. Suite à la coordination entre les deux commandements, des zones de responsabilité distinctes sont définies.

Le sauvetage des otages est organisé jusqu'à 45 Km de Stanleyville par des éléments de l'Ommegang appuyés par les pelotons blindés. Plus de deux cents otages sont sauvés de la sorte et s'ajoutent aux rescapés de l'hôtel Victoria libérés par les parachutistes.

Le 26 novembre, l'opération aéroportée "Dragon Noir" est menée sur Paulis. Cependant, la pression internationale s’exerce sur la Belgique et oblige les Paras-commandos à quitter le Congo le 28 novembre.

Link Up Ommegang-DragonToutefois, les rebelles occupent toujours la rive gauche du fleuve Congo et un franchissement d’assaut est effectué le 27 novembre par un détachement de "Lima 2". Ils y découvrent des dizaines d'otages assassinés, tous affreusement mutilés. D'autres otages sont heureusement sauvés et ramenés sur la rive droite. Dans la soirée les tirs de harcèlement reprennent à partir de la rive gauche et s'intensifient les jours suivants.

Le bilan des seules opérations sur Stan et Paulis est plus que positif. Elles permirent de libérer 2375 expatriés retenus en otage ainsi que des milliers de Congolais.

Après le départ des Para-commandos les rebelles reprennent du poil de la bête. Les positions de la 5me Brigade en bordure de la ville européenne sont harcelées en permanence à partir des cités toujours aux mains des rebelles.

Suite à cette pression continue, la 5me Brigade décide de nettoyer successivement les cités "Belge I", "Mangobo" et "Bruxelles" puis de créer une tête de pont sur la rive gauche et de s'y maintenir. Les opérations à Stanleyville reprennent le 3 décembre et les cités de la rive droite sont nettoyées de toute présence rebelle puis occupées par un bataillon katangais. Le 5 décembre un nouveau franchissement du fleuve est exécuté avec le 5 Commando qui s'empare du camp "Prince Charles" et de la cité "Belge II".

 

Colonel BEM Vandewalle en concertation avec le Capt BEM André ClossetL'Ommegang poursuit sa tâche car il reste des centaines d'otages aux mains des rebelles dans le nord-est. Paulis, retombé aux mains des rebelles après le départ des Para-commandos, est repris le 9 décembre au prix de la mort de deux Compagnons. Les opérations se poursuivent durant l'année 1965 et se terminent par le bouclage des frontières est et nord-est du Congo.

Les premières équipes dites "logistiques", recrutées en septembre, terminent leur engagement de trois mois et sont remplacées à partir de la mi-décembre. Le commandement de la 5me Brigade passe à ce moment-là sous responsabilité congolaise.

Au cours de l’ensemble des opérations menées durant cette période d’un peu plus de douze mois, les pertes des colonnes de la 5me Brigade s'élèvent à 76 tués ( deux officiers et trois sous-officiers belges, vingt et un mercenaires et cinquante Congolais ) ainsi que 87 blessés ( trois officiers et trois sous-officiers belges, trente et un mercenaires et une cinquantaine de Congolais ).

Quand en 1974 les vétérans de ces opérations terrestre et aéroportées décident de se constituer en association, ils reprennent le nom " Ommegang " et choisissent de s'appeler entre eux " Compagnons ", expression de leur volonté de voir la fraternité des armes transcender le grade et la fonction.

Voilà comment se constitua l'ASBL " Les Compagnons de l'Ommegang ". D'emblée l'association ouvre ses rangs à tous les participants des opérations humanitaires armées réalisées depuis 1960 en Afrique centrale et par la suite aux autres missions et opérations extérieures effectuées dans un cadre national ou international. Dans ce souci d'ouverture, l'Assemblée Générale décide, début 2006, de modifier la dénomination légale de l'association qui devient : " Association belge des Vétérans et Compagnons de l'Ommegang (ASBL) ".

 

L'appellation " Les Compagnons de l'Ommegang " demeure la dénomination abrégée de l'ASBL. Ceci exprime le légitime devoir de reconnaissance qui est le nôtre à l'égard des membres fondateurs et Vétérans des Opérations OMMEGANG, DRAGON ROUGE & DRAGON NOIR.